En se penchant sur notre histoire, nous pouvons comprendre d’où proviennent certaines de nos croyances, comment a été façonnée notre culture et quels sont les fondements de ce que nous tenons pour acquis. La mise sous tutelle des femmes ne date pas d’hier. L’accumulation de richesses liée à la sédentarisation (qu’on observe il y a environ 5000 ans) poussa les individus à protéger leur patrimoine par des alliances et donc par un contrôle de la descendance et de la sexualité des femmes.Même si cela reste un fait minoritaire, la délégation des soins apportés aux nouveaux-nés semble assez ancienne en ce qui concerne les classes dominantes. Bien plus tard à la fin du Moyen-Âge, les nouvelles bourgeoises désiraient imiter les nobles. L’un des moyens consistait à prendre une nourrice ou à envoyer son bébé à la campagne, pratique qui plus tard fut adoptée par les ouvrières et les domestiques causant une importante mortalité infantile (absence de lait maternel et déficit nutritionnel, usage de biberons non stérilisés… ).Mais c’est surtout un autre phénomène qui va modeler la conception du maternage et de la puériculture que notre société observe aujourd’hui. Du Moyen-Âge au XXème siècle, l’abandon est un moyen très répandu pour limiter la taille des familles ou se débarrasser d’un enfant non désiré.L’Eglise exerce alors une double action paradoxale : d’un côté elle veut avoir la main mise sur le statut des femmes en leur interdisant toute forme de contraception les condamnant ainsi à de multiples grossesse, de l’autre elle défend avec ardeur la valeur de chaque vie et ouvre progressivement des orphelinats pour recueillir les bébés abandonnés. « Faute d’hygiène et de lait maternel, 90 % des enfants mourraient au cours de leur première année. Petit à petit, et notamment avec la Révolution française, le personnel s’est laïcisé. Des médecins se sont intéressés au sort de ces enfants ; une manière de les soigner s’est élaborée, théorisée, enseignée. Notre puériculture est ainsi née, élaborée non pas dans les familles, en observant des bébés proches de leurs parents, mais dans des collectivités avec soins en série et substituts du lait maternel.  » (source : article d’Ingrid Bayot mentionné plus bas). Cette puériculture est celle qui est encore enseignée aujourd’hui et qu’on classe communément sous l’étiquette « maternage distal » : séparation mère/enfant précoce, désir d’autonomisation et d’indépendance du bébé dès le plus jeune âge (car oui, il fallait qu’il survive sans sa mère), biberon au détriment de l’allaitement (car oui, la pasteurisation et l’introduction des biberons ont réduit drastiquement la mortalité infantile dans ces orphelinats), nourrissage à heures fixes, gestes et protocoles de soins froids et rigides… Dans ces orphelinats, c’était aussi le bébé qui hurlait le plus fort dont on s’occupait et qui donc survivait : on comprend d’où vient la croyance à la peau dure qu’un bébé ne s’exprime qu’en pleurant et qu’il est bon de le laisser « faire ses poumons ». Il nous appartient de questionner cet héritage, de nous demander s’il a sa place en 2021 et si nos bébés bénéficient toujours réellement de cette puériculture qui fut une avancée à un moment donné de l’histoire.Si ce billet a éveillé votre curiosité, je vous laisse lire l’excellent article d’Ingrid Bayot dont j’ai relaté le contenu ici, intitulé « Cultures, puéricultures, implications maternelles et allaitement » : http://ancien.santeestrie.qc.ca/…/docum…/allaitement.pdf et traitant de différents sujets tous plus intéressants les uns que les autres tels que l’origine des maternités et le public pour lequel elles furent destinées à leur création, les attentes envers les mères, le féminisme carriériste de première génération et bien d’autres encore. Ingrid Bayot est sage-femme, formatrice en périnatalité et en allaitement et auteure, notamment de l’excellent ouvrage « Le quatrième trimestre de grossesse ».

Notre puériculture est issue des orphelinats du XIXème siècle
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