Considérer le nouveau-né comme un tube digestif à remplir est l’un des plus grands mythes autour de l’allaitement à déconstruire à mes yeux. 

Le nouveau-né est un être relationnel, sensoriel et neurologique, doué de mémoire, d’un formidable besoin d’entrer en communication et de s’attacher. 

L’allaitement n’est pas uniquement un mode d’alimentation. En allaitant, on nourrit certes son bébé de lait, mais également d’affection et d’interactions. Les nourritures affectives et sensorielles sont tout aussi essentielles que la nourriture physique : le bon développement d’un bébé ne se résume pas à sa croissance physique mais également à son développement émotionnel et cognitif optimal. 

Lorsqu’une femme allaite son enfant, elle entre en relation avec lui, elle le regarde, lui parle, le rassure, l’apaise, le console, le câline : elle lui offre une expérience sociale, affective, sensorielle… 

L’image de la taille de l’estomac des bébés qui circule sur les réseaux sociaux entretient cette grande confusion entre allaitement et remplissage d’estomac. D’abord parce que les sphincters de l’estomac du nouveau-né sont immatures et que le lait arrive rapidement dans l’intestin. Et même s’il est vrai que cette image peut permettre aux parents qui choisissent de donner le biberon de se rassurer quant aux toutes petites quantités prises par leur nouveau-né, elle peut en revanche être délétère pour les mères allaitantes : certaines pourraient se dire que leur bébé ne doit pas trop téter compte-tenu de la petite taille de leur estomac. Et pourtant, il est essentiel que bébé stimule fréquemment la production de prolactine (hormone de l’allaitement) en tétant. En effet, la production de lait répond au principe d’offre et de la demande, d’où l’importance d’allaiter à la demande (et non  « à la montre » ou « aux pleurs ») et ce notamment au cours des premières semaines afin de bien mettre en place sa lactation. 

Comme le rappelle Ingrid Bayot, le mot faim est sémantiquement pourri : il est associé à la famine, à la privation, à un état de détresse. Un bébé affamé n’hurle pas de douleur : au contraire, il dort pour économiser ses réserves. Quand le nouveau-né s’éveille, il cherche tout à la fois : la chaleur, les bras, les odeurs familières, le contact, le battement de cœur et le lait. Il a besoin de tout cela à la fois. Si votre bébé ouvre la bouche, tourne la tête, rapproche ses mains de son visage, sort sa langue, salive, c’est qu’il est prêt à être mis au sein. Inutile de regarder sa montre ou d’attendre qu’il pleure ! Il sera agité et la mise au sein sera plus difficile.

Après un accouchement à terme et physiologique, un bébé en bonne santé peut présenter une longue période d’éveil (1 à 2h). C’est le moment idéal pour trouver le sein et téter vigoureusement.

Jusqu’à sa naissance, il a été nourri par son placenta : ce n’est donc pas parce que son estomac est vide et qu’il meurt de faim qu’il cherche le sein !

Dès ses premières heures de vie, il témoigne de magnifiques compétences relationnelles, motrices et alimentaires. 

Le nouveau-né n’est pas un tube digestif à remplir
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